Divers et d'été 1

Tu étais entré par la porte d'un rire.
Tu me regardais à peine.
Mais tu m'apportais des roses
Dans tes paroles anodines.
Tu es reparti sans mot dire
Me laissant perdre haleine
Devant la porte ouverte.
Je me suis enrouée
Dans tes courants d'air.
J'ai un chat dans la gorge
Qui fait rouler des pierres
De ses pattes de velours inutiles.
Tu es revenu sans prévenir.
On s'est couché sur le lit.
Tes mains glacées étaient immobiles
Ma peau aspirait du vide
Mais rêvait de caresses possibles.
Et soudain, tu as fui.
Je suis perdue
Dans tes courants d'air.
Je virevolte
Comme feuille morte
A la chasse aux étoiles.
Mais les étoiles aussi sont filantes.
Rien à cueillir !

Ecrire quelques vers
Pour retenir
Un instant qui passe,
Un moment de sable
Et de soleil…
L'été n'a pas dit
Son dernier mot.
L'air est doux.
Nous allons à la plage,
Lui, moi, nous.
Côte à côte sur le sable,
Chacun dans notre coquillage.
Il lance vers moi
Des passerelles de rire.
Il se moque de mes silences
Et de mes fringues superposées.
Il me fait craquer
Quand il abreuve ses sens
Des senteurs de la mer.
Ineffable attirance.
Ecrire quelques vers
Pour retenir
Un instant qui passe,
Un moment de sable
Et de soleil…
Juste une seconde
Couchée sur son corps,
Nombril contre nombril,
Pour taquiner le désir.
Une musique qui nous inonde.
Son bisou qui me cueille,
Un murmure de soie…
Avant de grimper la dune,
Dans mon cou, il me hume.
Même si son cœur
N'est pas à bord,
Il m'embarque dans ses bras
Sur des vagues de lumière.
Ecrire quelques vers
Pour retenir
Un instant qui passe
Un moment de sable
Et de soleil…

On s'effleurera
On glissera
Sur la surface des désirs.
On se laissera porter
Sans se retenir,
Sans s'accrocher.
Tantôt loin, tantôt proche.
Nos gestes seront des vols.
On s'effleurera.
On sera des brises
Et on se caressera
Sans fermer le poing
Pour prendre.
On se donnera juste la main
Pour divaguer
Sur des jours tendres
Sans lendemain.
On s'effleurera.
On sera des nomades
Sur des plages d'errance
Qui ne jettent jamais l'ancre.
On sera des vapeurs
Qui tour à tour
Se mélangent et se délient
Comme des oiseaux en dérive
Qui s'abandonnent au vent indécis.
On s'effleurera.

Enivrée de néant,
Je me suis échappée de l'hiver
Qui n'en finissait pas.
J'ai inventé des couleurs
A l'indifférence
Qui n'en avait pas.
Mon impatience
A tendu la main
Pour prendre la lumière
Par une porte entre baillée
Qui a claqué sur mes doigts.
J'étais folle à lier
Dans ces champs de possibles
Qui se refermaient.
Mon cœur courait devant moi
Et je ne pouvais pas le rattraper.
Poursuite débridée
Vers un semblant d'espérance.
Essoufflée,
Je me suis laissée tomber
Au pied de la raison.
Mon cœur est revenu,
Comme un chien fidèle,
Lécher mes désillusions
Et mes rêves ont coulé
Dans la poussière
Du silence.

Ta thèse.
Elle a
De longs cheveux en serpentins
Enroulés dans le passé
Que tu démêles patiemment,
Des jupes et des jupes de papier
Que tu soulèves ardemment
Pour revoir les empreintes
Que tu as tracées,
Le regard calme
D'une vieille dame qui a beaucoup vécu
Parce que son âme
Est en pierres d'antan,
Le sourire neuf
D'un enfant
Parce que tu n'as pas fini
De la sculpter.
Tu la détestes
Quand, ces nuits sans sommeil
Tu caresses son visage
Et que sauvage, elle fuit.
Tu déchires sa peau
Tandis qu'elle déchire ton cœur.
Mais tu l'aimes
Quand, pâle sous ta lampe,
Elle s'apprivoise
Et que, rebroussant chemin du temps
Tu fais courir ta plume
Sur son corps blanc.
Elle tisse sa toile
Avec tes minutieuses écritures
A la musique de l'histoire
Pour emprisonner tes pensées
Et jamais tu ne la quittes
Cette femme manuscrite
Que page à page, tu crées.

Un voilier !
On le croit fait de soleil
Et de cantates marines.
Vol blanc de colombes.
Poignées de clartés salées
Saisies dans son sillage.
Moissons d'azur
Pailletées d'embrun…
Mais un soir, l'océan hurle
Et transforme la colombe en aigle
Emportant dans ses serres
Les brebis crédules.
Ainsi mon ami a disparu.
Pourquoi tout a double visage ?
Pourquoi le revers de la lumière est l'ombre
Et celui du rire, les larmes ?
Comme la mer, de nouveau claire et belle,
Feuillette ses vagues douces sur le sable,
Ma mémoire feuillette des images de Charles :
Son sourire qui dessine le calme,
Son respect merveilleux des enfants
Qui les compare à des arbres
Et la porte grande ouverte de son cœur,
Auberge où on écoute les autres.

Dis moi
Dans ce monde vêtu de frimas,
Où est DOUCEUR,
Ce parfum d'angora
Qui chantonne des couleurs ?
Dis moi
Dans ce monde à chacun pour soi
Où est TENDRESSE
Cette fleur à pétales infinis
Où perle la rosée ?
Dis moi dans ce monde à couteaux tirés
Où est PAIX,
Ce voilier blanc
Qui caresse la mer
En buvant un peu de vent ?
Dis moi dans ce monde de pierre
Qui se gave de travail
Pour s'engraisser d'argent,
Où sont les SENTIMENTS,
Ces sources de cristal,
Enfants des montagnes
Et du grand air.
Dis moi,
Où est l'ESSENTIEL ?

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